23/12/2010

[Menace sur les acquis sociaux : les vrais enjeux de la réforme de l’Etat belge]

Par Gregory Mauzé publié par www.michelcollon.info le 16 décembre 2010

En Belgique, les négociations pour réformer le fédéralisme belge piétinent, devant l’intransigeance des séparatistes flamands de la N-VA. Alors que partis et médias des deux côtés de la frontière linguistique livrent une lecture surtout communautaire de la crise, certains privilégient une analyse en termes socio-économiques et idéologiques : Derrière les revendications flamandes pour plus d’ autonomie, c'est la solidarité entre les travailleurs que l’on tenterait de briser.


Pour l’opinion publique francophone, la crise politique qui paralyse le pays depuis six mois porte un nom : Bart De Wever. Cet imposant quadragénaire au visage poupin est le président du parti qui, depuis le 13 juin dernier, est le plus puissant de Flandre : la N-VA (« Alliance Néo-Flamande », droite nationaliste). C’est lui qui, après deux mois de tractations politiques, claqua la porte des négociations, devant « l’intransigeance des francophones ». Il accuse ces derniers de vivre aux crochets de la Flandre – reprenant là une rengaine habituelle des nationalistes flamands – et de rechigner à sortir du « fédéralisme d’argent de poche ». Un point de vue généralement relayé par la presse flamande.

Si la N-VA peut être à juste titre accusée de prolonger le blocage politique, il serait réducteur d’appréhender cette crise uniquement à l’aune de l’opposition séculaire entre flamands et francophones. Les médias en offrent ainsi trop souvent une lecture exclusivement communautaire, et opposent deux communautés aux intérêts et cultures politiques divergents. Cette analyse, qui fait en partie appel à l’émotion, peut présenter pour eux quelque intérêt – notamment en termes d’audience et de lectorat, certains journaux optant volontiers pour un ton racoleur. Mais elle risque d’occulter des enjeux autrement plus fondamentaux, d’ordres sociaux et économiques, et qui transcendent le clivage linguistique.

Car outre le fait d’être le champion de l’autonomie flamande, la N-VA est surtout l’un des partis les plus libéraux de l’échiquier politique belge. « Le Voka (ndlr : l’union des entreprises flamandes) est mon patron », aurait ainsi affirmé Bart De Wever durant les négociations en vue de la fameuse « réforme de l’Etat ». La lecture du programme électoral de ce parti présente d’ailleurs de fortes similitudes avec les recommandations de l’organisation patronale : suppression des pré-retraites, limitation des allocations de chômage dans le temps, régionalisation de l’ impôt sur les personnes physiques (IPP), calcul du temps de travail sur base annuelle (et non plus hebdomadaire), réduction du nombre de fonctionnaires, allègement des charges patronales, etc.[1] Il convient donc de se pencher sur l’agenda social caché du parti jaune et noir qui, au-delà des divergences linguistiques, inquiète les travailleurs et le monde syndical.


« Briser la solidarité entre les travailleurs »

En Belgique comme ailleurs, la norme en termes de politiques économiques consiste, depuis la crise des années 70, à favoriser les politiques de l’offre, c’est-à-dire visant à offrir les meilleures possibilités d’investissement pour les entreprises. Au niveau européen, cette course à la compétitivité s’est notamment manifestée par la Stratégie de Lisbonne de 2000, vaste projet visant à faire de l’Union Européenne la zone la plus compétitive du monde à l’horizon 2010[2]. Dans cette perspective, les modèles sociaux des Etats membres sont souvent vus comme un frein à cette marche vers le progrès que représenterait l’ « économie de la connaissance ». Or, la tâche représente, en Belgique, un effort considérable. Le modèle social belge présente en effet certaines anomalies qui font pâlir plus d’un artisan de la déréglementation du travail : liaison des salaires à l’indice des prix, négociations salariales institutionnalisées, un important système de sécurité sociale, etc. Des acquis sociaux obtenus chèrement par les travailleurs au fil des luttes, mais parfois vues par les élites patronales comme autant d’anachronismes qui freinent le développement économique.

Dès lors, l’une des stratégies envisagées consiste à monter les travailleurs les uns contre les autres afin de briser la synergie qui permet de lutter efficacement pour la défense de leurs droits. La xénophobie ne joue-t-elle pas un rôle historique d’arme de division massive àl’encontredes travailleurs[3] ? « N’oublions pas qu’au-delà de dissensions ponctuelles, la plupart des avancées sociales se sont faites grâce à l’union des travailleurs francophones et néerlandophones », souligne Hendrik Vermeersch, syndicaliste et initiateur de la pétition « sauvons la solidarité ».

Aidé par le discours nationaliste, le patronat de Flandre (constitué en partie d’investisseurs étrangers) entend donc affaiblir le poids des travailleurs, dans un pays où les syndicats possèdent un pouvoir non négligeable. La victoire de la N-VA aux dernières élections représente donc pour celui-ci quelque chose de providentiel,cette dernière ayant promis de mettre fin aux anomalies du modèle social belge.


Un front ouvert contre les acquis sociaux

Symbole s’il en est de tout Etat-providence, la sécurité sociale représente le secteur par excellence que la N-VA désire régionaliser. Elle comprend notamment l’indemnisation du chômage, le financement des retraites et la prise en charge des soins de santé, et est financée par les cotisations patronales, salariales et par la fiscalité. Sans la redistribution effectuée par l’Etat à travers la sécurité sociale, le taux de pauvreté doublerait, tandis que les inégalités croîtraient de façon exponentielle[4].« La sécurité sociale est un moyen d’émancipation par rapport au travail, et, outre le fait d’assurer une sécurité d’existence, représente quelque chose de fondamental sur le plan psychique », rappelle Guy Tordeur, délégué permanent du syndicat chrétien CSC. De leur côté, les employeurs entendent contribuer le moins possible à son financement. Ils la perçoivent généralement comme un mal nécessaire à assurer la paix sociale. Depuis les années 80, on assiste ainsi à une réduction quasi-continue de la part des cotisations versées par le patronat, tandis que la part venantdes salaires augmente[5].

Dans ce cadre, le projet de la N-VA et d’une partie de la classe politique flamande de scinder de larges pans de la sécurité sociale pour les transférer aux régions bouleverserait le compromis social belge : en cas de scission, l’assiette sur laquelle les transferts sont effectués se réduirait considérablement, et on aboutirait à une solidarité à deux vitesses. « La volonté de scinder la sécurité sociale doit être comprise comme une volonté de mettre en compétition les deux communautés » Ajoute le sociologue Mateo Alaluf, qui souligne que la région qui appliquerait les standards sociaux les plus bas attirerait probablement davantage les investisseurs. Pour Hendrik Vermeersch, « Une scission de la sécurité sociale signifierait la destruction de ce que les Wallons, les Flamands et les Bruxellois ont conquis ensemble »[6].

Face à ce démembrement, la sécurité sociale serait considérablement affaiblie. La porte serait ainsi ouverte à un recours aux assurances privées pour financer les retraites. Or, le système prôné par le secteur privé, la retraite par capitalisation, se fonde sur la faiblesse des mécanismes de solidarité, chaque adhérent cotisant pour lui-même. De plus, en recourant aux placements financiers (les fameux fonds de pension), ce modèle s’est montré à plusieurs reprises sensible aux aléas boursiers, comme l’ont notoirement démontré la crise économique argentine et l’affaire Enron aux Etats-Unis[7].

Autre symbole du modèle social belge : la négociation collective. La Belgique présente en effet la particularité de voir une série de questions liées à l’emploi (salaires, durée de travail, etc.) fixées par des négociations entre syndicats et organisations d’employeurs au niveau national. Si leur rôle s’est peu à peu affaissé depuis la crise des années 70, les Conventions Collectives de Travail (CCT) restent parfois déterminantes pour le fonctionnement des relations de travail en entreprise. La scission de ce système sur une base communautaire, envisagée par la N-VA, risquerait de compliquer son fonctionnement. Guy Tordeur y voit une manœuvre destinée à affaiblir les salariés : « L’agenda caché des promoteurs d’une telle scission est de la rendre ingérable, afin qu’elle soit ramenée à son niveau le plus atomisé : l’entreprise ». En effet, en l’absence d’accord national ou sectoriel, c’est au sein des entreprises que sont conclus la plupart de ces accords, qui, en l’absence d’encadrement politique, sont souvent peu favorables aux travailleurs.

Est également envisagée la scission de l’Impôt sur les Personnes physiques. Elle aurait pour résultat que les entreprises ne seraient plus imposées au même taux dans les différentes régions du pays. Ainsi, une région imposant davantage les entreprises serait désavantagée par rapport à une autre, sauf à baisser à son tour le taux d’imposition. Cela entraînerait ainsi une surenchère à la compétitivité, accentuant par là le déficit public, qu’il sera vraisemblablement demandé aux travailleurs de combler.

Enfin, la scission des politiques de l’emploi mènerait à une course au moins-disant social entre les régions du pays. Un phénomène de dumping est déjà présent à l’échelon européen, notamment avec l’Allemagne, dont le faible coût du travail force ses voisins à la modération salariale[8]. Une scission des politiques de l’emploi induirait immanquablement la reproduction de ce phénomène à l’intérieur des frontières belges. Alors que les partisans d’une scission insistent sur la différence des marchés de l’emploi des trois régions du pays pour la justifier, le professeur Maxime Stroobant, ancien directeur général de l’ONEM (ndlr : organisme qui gère l’assurance-chômage) minimise la portée de cet argument. « Si on suit ce raisonnement, on en arrive inévitablement à se demander jusqu’où il faut aller dans la scission de la gestion du marché de l’emploi. Ici, en Brabant flamand, le chômage est de 8 % et il est d’un tout autre genre qu’à Anvers, où il est d’ailleurs de 4 ou 5 %. Faut-il pour autant créer un Onem anversois et un autre pour le Brabant flamand ? »[9]. Cette différence entre les marchés régionaux n’a par ailleurs rien d’anormal par rapport aux autres pays européens.

Tous ces projets de scission ont un point commun : ils conduiraient les régions à rivaliser d’ingéniosité pour attirer les investisseurs, ce qui les placerait dans une situation de concurrence. « On va vers la mise en place progressive d’un fédéralisme concurrentiel, qui supplante le fédéralisme coopératif actuel », analyse le professeur Michel Quévit, qui insiste sur le fait que les réformes promues par la N-VA priveraient l’Etat de mécanismes de solidarité entre régions[10]. Argument rejeté par les nationalistes flamands. Ils préfèrent y voir une responsabilisation nécessaire des régions, qui seraient les plus à même de gérer les matières évoquées. Le professeur Stroobant attire l’attention sur la faiblesse de cet argumentaire. « Dans [un contexte mondialisé], il est absurde de se replier uniquement sur sa région ». Ce repli est particulièrement dangereux pour les travailleurs. « Les gens actifs sur le terrain syndical et qui réfléchissent à la position des travailleurs se rendent pleinement compte que collaborer et être solidaire constituent la seule issue pour pouvoir affronter les grands problèmes qui les attendent[11] ».


De part et d’autre, l’union s’organise

Pour toute réponse à cette offensive contre les acquis sociaux, le centre-gauche francophone au pouvoir dans 1es régions bruxelloises et wallonnes (La coalition dite « olivier », rassemblant chrétiens centristes, écologistes et socialistes) a décidé de former un front francophone durant les négociations. Une étude de l’argumentaire des membres de ce front montre qu’ils s’opposent à la réforme de l’Etat proposée par la N-VA pas tant en ce qu’elle menace les acquis sociaux des travailleurs belges, mais parce que cela appauvrirait les francophones[12]. Cette stratégie ne manque pas de logique électorale dans la mesure où les politiques francophones ne sont pas élus par des flamands. Mais cela accrédite d’une certaine manière la thèse d’un affrontement communautaire, relayant ainsi au second plan le clivage gauche-droite.


De leur côté, les syndicats ont fait le choix de créer des ponts entre les partisans flamands et francophones du maintien d’une forte protection sociale. Ainsi, les ailes flamandes des syndicats socialistes et chrétiens (qui, à la différence des partis politiques, ne sont pas divisés sur base linguistique) ne ménagent pas leurs efforts pour lutter contre le discours dominant. Sur ce point, l’aile flamande du mouvement syndical est claire : considérant que tous les travailleurs sont égaux quelle que soit leur langue, l’essentiel reste donc de sauvegarder la solidarité et de protéger le modèle social belge des assauts de la droite. En 2007 déjà, après la première poussée de la N-VA aux élections législatives, une pétition lancée par les syndicats intitulée « sauvons la solidarité » avait rapidement récolté 100 000 signatures. Le milieu culturel n’est pas en reste, puisqu’un appel a récemment été lancé par 400 artistes flamands « contre le nationalisme borné », avec pour slogan « la solidarité grandit une culture »[13]. De façon générale, les syndicats et le monde associatif multiplient les campagnes de sensibilisation, et tentent de démontrer qu’en dépit des discours de ses leaders, le programme de la N-VA est avant tout destiné à servir le grand capital[14]. « Il est important pour les flamands de résister aux discours du patronat et de bien choisir leur camp, celui de la solidarité et de l’unité des travailleurs », martèle le syndicaliste Johan Fobelets.

Une union d’autant plus nécessaire que la N-VA et le Voka n’ont pas attendu pour nouer des liens avec les partisans francophones d’un démembrement du modèle social belge. Bart De Wever n’a en effet jamais caché ses réticences à intégrer une « majorité de centre-gauche »[15].Il privilégierait depuis toujours une alliance avec les libéraux, grands perdants du scrutin, mais sur la même longueur d’onde au plan socio-économique. Par ailleurs, le patronat ne s’encombre pas des querelles communautaires qui divisent le monde ouvrier : bien conscients des intérêts qu’ils partagent avec leurs homologues flamands, les patrons francophones ne voient pas forcément d’un mauvais œil les propositions radicales mises sur la table par les nationalistes flamands.

Ainsi, Bart De Wever était, mardi 30 novembre, invité à faire un discours devant un parterre d’entrepreneurs wallons à Liège, introduit par Didier Reynders (président du MR, libéraux francophones), les deux se montrant de plus en plus complice. Si les positions du leader nationaliste en faveur de la fin graduelle de la Belgique heurtent les plus fervents belgicains, les patrons qui assistaient à la conférence ont généralement été séduits par le programme socio-économique de la N-VA. « S’il y a une volonté de redressement chez les Wallons, le pays restera uni », constate Pierre Fortez, entrepreneur wallon et élu libéral, cette volonté devant se comprendre comme un abandon des rigidités du modèle social belge.

Lors d’une entrevue accordée au Monde en 2007, Bart De Wever interrogeait : « L’Europe peut réguler nos fonctionnements et nos solidarités. Faudrait-il s’acharner à maintenir ce toit intermédiaire qu’on appelle la Belgique ? » Posée en ces termes, la question susciterait probablement une réponse négative pour une partie de l’opinion publique, conditionnée à un discours d’affrontement entre communautés. En revanche, s’il est rappelé aux Belges qu’avant d’être Flamands, Wallons ou Bruxellois, ils sont avant tout des citoyens et des travailleurs qui partagent les mêmes intérêts à un fonctionnement efficace de l’Etat social, la réponse sera, en tout état de cause, très différente.

Gregory Mauzé

source:
www.michelcollon.info

[1] Programme de la NVA – économie, travail et entreprises
[2] La stratégie de Lisbonne fut renouvelée en 2010, poursuivant grosso-modo les mêmes objectifs. Pour plus de détavails voir HOUBEN, H, Stratégie de Lisbonne : attention, chute d’emplois !
[3] Collectif Manouchian, « OUVRONS LES YEUX, CAMARADE ! N°2, l’actualité des dominations, Septembre 2010 », in, Les Figures de la Domination [En ligne]
[4] NAGELS, J, « Eléments d'économie politique : critique de la pensée unique », p.171, Bruxelles : Editions de l'Université de Bruxelles, 2006.
[6] VAN DYCK, G., KENNES,M., "Rik Vermeersch (FGTB) et Guy Tordeur (CSC) à propos de Sauvons la solidarité", Solidaire, 4 décembre 2007
[7] BULARD, M, « Les retraités trahis par les fonds de pension », Le Monde Diplomatique, mai 2003
[8] il n’existe pas de salaire minimum en Allemagne
[10] DEMONTY,B., « Vers le fédéralisme de concurrence », Le Soir, 25 août 2010
[11] VAN DYCK,G., loc.cit.
[12] Les trois partis ont notamment affirmé dans un communiqué commun qu’ils resteront unis « Dans l’intérêt supérieur du pays en général et des Wallons et des Bruxellois en particulier ». "Communiqué conjoint du PS, du CDH et d’Ecolo" – le 4 octobre 2010.
[14] LEROUGE,H., "La pensée unique de Bart contestée en Flandre ?", Solidaire, 27 octobre 2010

Lire la suite / lien permanent

22/12/2010

[Le national-socialisme* du Vlaams Belang… Et les collatéraux de la NVA.]

Par Willy Van Hecke & Christine Pay pour le Front Anti-Fasciste, publié en décembre 2010

La doctrine fasciste n’attend pas d’avoir pris le pouvoir pour s’étaler un peu partout. En effet, on la retrouve au préalable sous la plume de ses grands idéologues, qui la noient dans une certaine phraséologie autoproclamée « anticapitaliste ».

Mais très clairement, la doctrine fasciste est, comme le soutient Daniel Guérin dans son Fascisme et Grand Capital, comme une sœur de la philosophie réactionnaire de l’Ancien Régime féodal, clérical et absolutiste.

Depuis nos législatives (belges) du 13 juin dernier, notre petit monde politico-médiatique est tétanisé face à la percée de la NVA qui s’est engouffrée dans le sillon creusé par son imposant leader. Ce dernier échappe en effet au cordon sanitaire généralement attribué aux fascistes grâce à l’alliance rondement menée avec le parti catholique.
Le point commun essentiel donc, entre jeune NVA et national-socialisme d’hier et d’aujourd’hui, est bel et bien la lutte contre toute forme de socialisme et d’organisations du monde du travail qui nuit à l’évolution du taux de profit par rapport à la masse salariale. Ce point commun donc, est la raison pour laquelle le patronat flamand trouve soudainement très tendance de passer le plus clair de son temps à la NVA.

Même Barroso, garant du capitalisme européen, se rend chez Mr. De Wever pour avoir confirmation de cette « politique économique ». On laisse ainsi carte blanche à la NVA sur la possibilité du démantèlement de l’Etat, sur fond maquillé de communautarisme primaire affaiblissant les organisations ouvrières pour en réduire l’impact.
Les néo-nazis du Vlaams Blok/Belang ont défriché le terrain depuis trente ans. Ces héritiers du nazisme, fers de lance de la lutte contre les organisations ouvrières, n’ont fort heureusement jamais été très loin, faute de n’avoir pu masquer intelligemment leur haine du Wallon, du Juif, de l’Arabe, de l’Africain, de l’Asiatique, de l’Indien, etc.
Avec son bagage historique, le Vlaams Belang a voulu jouer dans la continuité. Les autres partis et la bourgeoisie flamande, par la force des choses, n’ont jamais pu se compromettre en acceptant de s’allier avec un parti aussi peu fréquentable.

Le Vlaams Belang tentera alors des appels du pied pour la création d’un « syndicat » dont le but est de briser les grèves, mais en vain : Là encore, faute de stratégie et grâce à la puissance des CSC et FGTB en Flandre, le projet capotera.
Une autre tentative d’un VB décidément motivé à approcher la bourgeoisie est l’élection à sa présidence de l’ancien directeur du port d’Anvers, qui de par cette fonction entretient naturellement des relations privilégiées avec le monde patronal et financier. Un énième essai qui pour la énième fois ne réussit pas à convaincre la classe dirigeante que le Vlaams Belang serait son meilleur représentant.
La NVA porte bien son nom. Cette Nouvelle Alliance est un véritable cocktail du national-socialisme et de l’ultranationalisme, mais saupoudrée cette fois de catholicisme réactionnaire qui lui ouvrit les portes du pouvoir. Comme nous l’avons dit plus haut, le Vlaams Belang a défriché, la NVA parachève.

La NVA ou le bon qualitatif

Les deux sont d’ailleurs compères. On retrouve en effet Philip de Winter du Vlaams Belang et Bart De Wever de la NVA courtisant tous deux les mouvements de jeunes nationaux-socialistes et ultranationalistes pour un ordre nouveau flamand (sic !) (KVHS-NSV-TAK…). Au sein même de la NVA, on retrouve carrément les TAK, mais aussi les VMO (Vlaamse Militante Orden) et les Voorpost (Avant-poste). Autre exemple, l’alter ego de Mr. De Wever et président du parlement flamand, Jan Peumans, est très explicite quant à ses opinions concernant la Résistance, usant de termes tels que lâches, assassins, crapules de la rue… La bande tend vers un Etat flamand autoritaire, radical et catholique. Bart De Wever est un nostalgique militant convaincu.

Les nostalgiques de l’histoire

Déjà durant l’Occupation, le Vlaams National Verbond, séparatiste par définition, a grossi ses troupes de cent mille têtes, passant alors à cent-trente mille sympathisants. Le VNV aspirait alors à un Etat autoritaire basé sur le Gau (Région) et le Gauleiter (Chef de Région) hitlériens. Cela dans la continuité de l’organisation politique nazie qui divisait la grande Allemagne en régions dirigées chacune par un chef absolu. La NVA ne va jamais dénoncer cette histoire puisque cette dernière est pour elle une référence incontournable à sa haine du socialisme et du régime parlementaire.
Ce que Bart De Wever ne dira pas non plus, c’est qu’Adolf Hitler a longtemps hésité à donner à la Flandre ce statut de Gau. Et pourquoi ? Simplement parce qu’un autre prétendant au pouvoir absolu, Léopold III, proposait avec sa cour un pouvoir belge absolutiste et corporatiste, et ce avec la bénédiction du Cardinal Van Roey. Pressé par les évènements du 6 juin 1944, Hitler donnera finalement à la Flandre (incluant alors le nord de la France) son statut de Gau par l’intervention d’Himmler qui nommera un Gauleiter allemand, qui fort heureusement n’aura guère le temps de prendre ses fonctions, au vu de la percée alliée. Ceux qui ne purent suivre les nazis dans leur fuite furent naturellement arrêtés. D’où la haine de Jan Peumans à l’égard des résistants, ces empêcheurs de tourner en Reich !

Tactiques et stratégie de la NVA

Avec l’aide du VB mais aussi du CD&V, la NVA a pu s’étendre et se déployer. Le Vlaams Belang a perdu beaucoup de voix et de sièges. Mais peu importe, il peut applaudir sans retenue l’élément électoral de masse qui lui manquait et qui s’est donné à la NVA. Celle-ci a passé le cordon sanitaire, et peut mener à bien sa politique – commune avec le VB – de démantèlement de l’Etat Belge et du mouvement ouvrier. Historien, Bart de Wever connaît bien la manière utilisée par le national-socialisme pour s’approprier le pouvoir : Courbettes, soumission et alliances avec le Grand Capital, « populisme » pour s’appuyer sur une masse électorale importante...
Ce avant d’être à même de faire son coup d’Etat sans contrainte. Nous voyons ainsi sous nos yeux se dérouler en Belgique ce qu’il s’est passé en Allemagne dans les années 1920-1930.Le second point tactique de la NVA, à savoir la prise de distance par rapport au racisme virulent du Vlaams Belang, lui a conféré les voix d’un large électorat catholique een beetje humaniste.

Il est paradoxal de constater que les organisations nationales-socialistes se montrent dans les champs politiques et idéologiques, mais elles visent en fait à un changement économique radical. Le but des NVA et Vlaams Belang est de casser les reins des organisations ouvrières et du monde du travail en général. Et de fait, que ce soit le patronat flamand, la classe moyenne opulente ou la FEB, tous voient en la NVA la possibilité de réduire la masse salariale et la sécurité sociale pour augmenter le taux de profit.
La plus grotesque de ces salivations vient du patron de la FEB, Rudy Thomas, qui veut fusionner les dix-neuf communes bruxelloises, pour des contrats plus juteux par concentration des adjudications : Thomas reconnaît même la position « délicate » de sa proposition. En effet, c’était un principe nazi de 1941 qui visait à mieux contrôler la population…

Maintenant Bart De Wever enrage du réflexe de classe qu’ont les travailleurs Wallons et Bruxellois. D’où le fait qu’il commence à lorgner sur le VLD et le MR pour faire « front » contre le monde du travail. A suivre…En Flandre cependant, l’ultra-nationalisme a porté ses fruits et détruit par paliers la conscience de classe. Et historiquement, le poids du syndicat catholique et des organisations catholiques a toujours freiné les luttes contre le national-socialisme et l’ultranationalisme. La scission vers un Etat Flamand afin d’écarter la partie la plus combattive du monde du travail est dès lors pour le Vlaams Belang et la NVA l’un des objectifs centraux, et il est en phase d’être atteint.
De Wever de De Winter peuvent mener "à bien" cette politique national-socialiste sur la base d’un pouvoir fort et au service du capital. Tout dépendra d’un rapport de force dont nous ne pouvons connaître l’évolution…

Alors oui, la NVA fait dans la continuité du Vlaams Belang.
Oui, Bart De Wever a régulièrement été présent aux manifestations nationales-socialistes, qu’elles soient conférences, enterrements, réunions ou mouvements de jeunesse.
Oui encore, il use de ses connaissances militantes pour continuer le national-socialisme.
Oui toujours, il exprime une certaine amertume lorsque la ville d’Anvers présente des excuses officielles concernant la déportation des Juifs.
Oui enfin, il joue sur la note « d’abord être flamand avant d’être travailleur ».

(*Terme premier du fascisme et du nazisme)

Pour le FAF,Willy Van Hecke, président ; Christine Pay, secrétaire politique.

L’ensemble de cet article a comme références principales les livres suivants :
• L’Ordre Nouveau, de Maurice De Wilde, Ed. Duculot.
• Le Chagrin des Flamands, de Hugo Gijstel et Jos Vander Velpen, Ed. EPO.
• Le Vlaams Blok, de Hugo Gijstel, Ed. Luc Pire.
Lire la suite / lien permanent