23/01/2011

[La Flandre de demain : Une république fédérale allemande?]

par Herwig Lerouge publié dans Solidaire le 19 janvier 2011 


Le secteur financier allemand partisan d’une scission de la Belgique

« Tout est en mouvement, sur ce continent. Les nations ne sont pas éternelles, quand les langues et les traditions s’avèrent aussi incroyablement tenaces », lit-on dans le Frankfurter Allgemeine Zeitung. Ainsi, le journal corrobore entièrement le discours en faveur de l’Europe des régions, dans laquelle l’intention des régions plus riches est de se débarrasser de la solidarité avec les plus pauvres. (Carte : Alliance européenne libre)

L’Allemagne et Bart De Wever vont bien ensemble. À plusieurs reprises, Bart De Wever a déjà laissé transparaître son amour de la Bavière. En décembre, il s’est fait interviewer par le journal allemand Der Spiegel. Et, aujourd’hui, il s’avère que certains milieux allemands influents ne verraient pas d’un mauvais œil une scission de la Flandre.

Dans l’influent journal boursier Frankfurter Allgemeine Zeitung du 10 janvier, le journaliste Dirk Schümer témoigne toute sa compréhension à l’égard des séparatistes flamands : « L’historien De Wever n’a-t-il pas raison quand il dit que l’État belge a échoué, 180 ans après sa création, parce que la minorité francophone ne veut pas accepter les demandes de la majorité flamande de la population ? (…) Ça a l’air une plaisanterie, que le centre vital d’un marché européen multilingue et multiculturel puisse s’écrouler sur des futilités comme BHV. Comment l’Europe pourra-t-elle jamais être le symbole d’un système de multilinguisme et d’ouverture culturelle alors que, après presque 200 ans, les Belges enterrent en silence leur projet de diversité ? (…) Donc, la désintégration de cet État européen modèle ne dépend plus que des coûts à moyen terme d’une scission. Personne ne versera plus une larme pour cette Belgique. (…) Tout est en mouvement, sur ce continent. Les nations ne sont pas éternelles. Mais les langues et les traditions s’avèrent incroyablement tenaces. Dans une économie mondialisée, un État peut devenir superflu en transférant ses compétences à une institution supranationale, alors que les régions et les communes peuvent faire le reste du travail. »

L’emprise allemande sur l’Europe

Dans l’article du Frankfurter Allgemenine Zeitung, on retrouve mot pour mot l’argumentation du courant, au sein du patronat allemand, qui plaide pour une Europe des régions. L’un des pionniers de ce courant n’est autre qu’Otto de Habsbourg, descendant de l’ancienne dynastie austro-hongroise et représentant de l’aile droite de la démocratie chrétienne allemande. Il est le président du fameux « groupe de Locarno », qui est à peu près l’égal de « In de Warande », un groupe de réflexion des patrons séparatistes flamands. Le groupe soutient les mouvements séparatistes en Italie, en France, en Espagne, en Belgique, dans les Balkans et l’Europe de l’Est et il est à la base d’une charte des peuples européens dans laquelle le concept d’« ethnie » est repris conjointement au concept de « peuple » et bel et bien en opposition au concept de « nation ». Si l’Europe se composait d’une grande Allemagne homogène, avec à côté tout un patchwork de petites régions et minuscules États séparés, alors, l'emprise de l’Allemagne sur l’Europe serait assurée.
Spéculer sur la fin de la Belgique

Dans les milieux financiers allemands, on spécule donc sur une fin rapide du pays. la Flandre pourrait ainsi devenir un « État partiel », un Land de l’Allemagne, même si son indépendance formelle est déjà claire pour le magazine allemand on-line www.german-foreign-policy.com. « Un nouvel État vassal », dit le titre d’un article.

Déjà aujourd’hui, la Flandre est étroitement liée à l’Allemagne et elle cherche à étendre encore ces relations. En 2010, l’université d’Anvers a connu une « année de l’Allemagne », dans le but d’étendre la collaboration avec les entreprises allemandes actives en Flandre. En 2009, le volume commercial entre la Flandre et l’Allemagne atteignait presque 50 milliards d’euros. Des entreprises allemandes ont de considérables investissements en Flandre : Bayer, BASF et Evonik à Anvers. Le port d’Anvers, le second d’Europe après Rotterdam, est d’une grande importance pour l’industrie allemande.
L’indépendance est une illusion

« Nous voulons rapprocher encore plus l’Allemagne de la Flandre et la Flandre de l’Allemagne », disait l’ambassadeur d’Allemagne en Belgique lors d’un « débat sur l’Allemagne » tenu à l’université d’Anvers le 10 mai dernier.

« Il ne fait aucun doute », disait un journal grec, « qu’une Flandre indépendante se muera en État satellite de l’Allemagne1. »

« Une Flandre indépendante, mais dépendante de Berlin, tel était déjà, avant la Premier Guerre mondiale, le but de la politique étrangère allemande. Quand, en 1916, l’objectif de guerre visant à dégrader économiquement toute la Belgique en une province allemande fut jugé irréalisable, le chancelier impérial Theobald von Bethmann Hollweg suggéra : « Via une forte stimulation du “Flamentum” (le nationalisme flamand, NdlR), ne pourrions-nous pas renforcer notre position en Belgique ? » La même stratégie fut encore répétée durant la Seconde Guerre mondiale, via la collaboration d’une grande partie du mouvement nationaliste flamand avec l’Allemagne nazie.

Qu'une partie de l’Allemagne patronale de droite reprenne ouvertement, aujourd’hui, le discours séparatiste flamand, n’est donc pas anecdotique. Cela prouve en tout cas une chose : dans ces milieux, on réfléchi déjà à une possible indépendance flamande.

1. www.ethnos.gr  1er avril 2010. 

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